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Sur les traces de 
Lawrence d’Arabie

Sa vie est un roman d’aventures.
Celui qui mena la grande révolte 
arabe contre l’empire ottoman a sillonné le Proche-Orient en tous sens. Certains de ces lieux 
magiques, touchés par la grâce, l’ont marqué à jamais.

On ne présente plus T. E. Lawrence depuis que David Lean et Hollywood ont magnifié sa légende en cinémascope. Comment oublier les yeux bleus de Peter O’Toole, sa tunique blanche flottant au vent? Impossible de ne pas être hypnotisé par la beauté des paysages désertiques traversés par l’officier britannique et sa bande de Bédouins.La péninsule Arabique, le Sinaï, mais aussi et surtout la Jordanie et la Syrie ont été les terres d’élection de Lawrence. Un homme saisi de passion pour le Proche-Orient.

Passionné par les croisades

Né en août 1888 au pays de Galles, Thomas Edward a entrepris de brillantes études à Oxford où il s’est passionné pour le Moyen Age et, plus particulièrement, tout ce qui touchait aux croisades et à l’architecture militaire. C’est ainsi que dès 1910, il obtint un poste sur les fouilles d’un site archéologique en Mésopotamie.Quand la Première Guerre mondiale éclate, il est contacté par les services secrets britanniques installés au Caire. La suite est connue, il participe de façon active à la révolte des tribus arabes contre l’occupation ottomane. Avec sa troupe de Bédouins, il dynamite régulièrement les lignes de chemin de fer du Hedjaz, il prend le port d’Aqaba et finit par entrer triomphalement dans Damas.De ses tribulations multiples va naître une intense correspondance, puis le livre Les sept piliers de la sagesse. Il y décrit ses aventures, les hommes rencontrés, les paysages traversés.

«Le plus beau des châteaux du monde»

Pour terminer sa thèse sur l’influence des croisades sur l’architecture militaire européenne jusqu’à la fin du XXIIe siècle, T.E. Lawrence a parcouru à pied, au cours de l’année 1909, une bonne partie de la Palestine et du Liban, passant de château en château. Il découvrit le Krak des chevaliers, le jour de son vingtième anniversaire, le 16 août 1909. Son commentaire fut aussi simple que concis: «Le plus beau des châteaux du monde, certainement le plus pittoresque que j’ai vu, une véritable merveille.»Depuis des temps immémoriaux, le sommet du Djebel Kalah (650 mètres d’altitude) a abrité des troupes armées. Mais sa célébrité remonte bien sûr à l’époque des premières croisades. En 1142, le Krak est confié aux Chevaliers de l’Hôpital, un ordre de moines combattants dont le but est de protéger les pèlerins en Terre Sainte. Ils vont en faire un des châteaux forts les plus impressionnants de tous les temps. Un abri inexpugnable, à jamais imprenable.Pour les chrétiens, tel le roi de Hongrie André II, il était tout simplement «la clé des terres chrétiennes en Orient». Pour le chroniqueur Ibn al-Athir et les mahométans, ce Krak était «l’os en travers de la gorge des musulmans.». Il est vrai que ni Nur ad-Dîn, ni même Saladin ne purent jamais s’en emparer. En fait, seule la ruse put venir à bout des croisés qui défendaient le Krak. En 1271, Baybars, sultan des Mamelouks, fit parvenir une fausse missive aux Chevaliers. Signée prétendument par le Grand Maître des Templiers, elle leur enjoignait de se rendre… Le lendemain, les dernières forces chrétiennes avaient quitté les lieux.

Pétra hors du temps

Lawrence d’Arabie, comme tout visiteur, est fasciné par cette ancienne cité abandonnée. Dans une de ses lettres, il écrit à un de ses amis: «A moins que tu n’y viennes, tu ne sauras jamais à quoi ressemble Pétra. Sache seulement que tant que tu ne l’auras pas vue, tu n’auras pas la plus petite idée de la beauté que peut revêtir un lieu.»Il est vrai qu’aucune image au monde ne saura jamais rendre justice à l’éclat de cet espace hors du temps. Ce site magique a certes inspiré la littérature, dont Hergé dans une des aventures de Tintin (Coke en Stock), et le cinéma, notamment Indiana Jones et la Dernière Croisade, mais rien n’y fait. Pétra ne se résume pas à son monument le plus emblématique: le Khazneh (le Trésor) auquel on accède par le Siq, un fantastique défilé de plus en plus étroit.Non, le Khazneh n’est qu’une porte d’entrée qui s’ouvre sur une vallée bénie des dieux. En effet, Pétra est située dans une cuvette entourée de montagnes qui la cachent au regard des envahisseurs. Des massifs et des falaises creusés par la main de l’homme qui y a multiplié les canaux d’irrigation. Au Ve siècle avant J.-C., les Nabatéens en font une cité prospère en maîtrisant ce carrefour commercial entre Orient et Occident. La beauté de Pétra réside surtout dans le travail incessant de l’homme sur le roc: ses tombeaux et ses temples, ses habitations et ses amphithéâtres sculptés dans la pierre. Avec cette touche finale signée par la nature: les falaises de grés dont les roches déchiquetées, façonnées par le vent et le sable, offrent un festival de couleurs passant du jaune au violet, de l’orange au rouge, du vert au bleu.

Une cathédrale à ciel ouvert

«Les deux coteaux se rapprochèrent, se fixèrent à deux miles environ l’un de l’autre, puis dressant peu à peu leurs parapets parallèles à mille pieds au-dessus de nos têtes, étirèrent devant nos yeux une immense avenue de plusieurs miles de longueur… Les armées arabes se fussent perdues dans son ampleur, et, à l’intérieur des murailles, une escadrille d’avions aurait pu s’avancer en formation régulière. Notre minuscule caravane, brusquement intimidée, tomba dans un silence de mort, honteuse d’étaler sa petitesse en présence de masses aussi formidables.»T.E. Lawrence ne se lasse jamais de décrire Wadi Rum. Il n’est donc pas étonnant que ce désert rouge soit un des lieux les plus célèbres associés à son image. C’est là que David Lean a tourné certaines des plus belles séquences de son film. C’est là aussi que se trouve la montagne appelée «Les sept piliers de la sagesse». C’est là encore que se trouve la «Desert Patrol Corp» (Patrouille du Désert), une police d’élite chargée de surveiller le désert et les frontières, composée de troupes bédouines.Mais pour Lawrence, Wadi Rum reste à tout jamais une terre mystique: «vaste, résonnant à l’image de Dieu», «cathédrale à ciel ouvert»… Il est vrai que devant tant de beauté, seul le silence s’impose. Un silence bercé par le vent des sables

Jean-A. Luque

24.11.2009

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