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Matthieu Mégevand

«J’ai toujours pensé
aux proches des victimes»

C’était une sacrée gageure: faire de la mort de 22 enfants – l’accident de car de Sierre, le 13 mars 2012 – un roman. Un vrai roman. Pas une de ces pirouettes journalistiques qui revisitent en quelques pages le trauma d’une nation entière, mais un récit philosophique qui ose l’insondable question du pourquoi, sachant que la réponse n’existe pas. L’auteur, le jeune philosophe genevois Matthieu Mégevand, part ainsi en quête de sens, convoque des grands – Wittgenstein, Quignard, Spinoza, Camus, Hesse… – et s’invite même comme narrateur dans cette folle et pourtant accessible discussion métaphysique.

Pourquoi être parti d’un fait divers aussi difficile?

Comme tous, j’ai été terriblement marqué par ce drame qui n’est pourtant pas comme les autres: 22 enfants sont morts dans un accident, sans cause et sans coupable. La littérature ne peut-elle pas dire quelque chose de plus, aller au-delà des mots?

Ose-t-on parler de roman philosophique?

Pas seulement: je parle aussi de ce drame sous l’angle de l’art, de la musique, du cinéma, de la peinture… et de la théologie. En quête, le narrateur explore aussi des pistes dans sa propre chair, avec le deuil de son amie. Cela correspond à ce que l’on est tous, à la quête que l’on a tous à mener, dans des chemins qui s’ouvrent et se gravissent.

Et vous amenez une réponse?

Non, ce serait inquiétant: je serais gourou ou menteur. Il n’y aura jamais de réponse, mais des pistes existent, à chacun de les trouver. Et il y a aussi l’espérance qui, si elle demeure un présupposé existentiel, peut être un mode qui nous unit malgré le drame, dans la beauté ou l’amour.

Des familles touchées ont-elles réagi à votre livre?

En écrivant, j’ai toujours pensé aux proches des victimes. J’ai pris soin à ce que l’on ne puisse me reprocher d’avoir exploité la mort d’un enfant. Le responsable des urgences de Sierre, qui avait lu un article, est venu me voir pour me dire que je ne parlais pas des secours. Le jour d’après, il a acheté mon bouquin. Bien sûr, j’ai senti les faiblesses de mon livre, de tout ce qu’il ne pouvait apporter. J’espère néanmoins qu’il va susciter quelque chose de positif.

Ce qu’il reste des mots, Matthieu Mégevand, Fayard, prix indicatif: 29 fr. 10.

Blaise Willa

01.11.2013

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