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Une pilule difficile à avaler

Si l’on a de la peine à prendre un médicament, on aurait tendance à vouloir le couper ou l’écraser. Mais est-ce vraiment une bonne idée?

Parfois, la pilule a du mal à passer. Au sens propre du terme, s’entend. Trop grosse, elle reste coincée là, en travers de la gorge. Dès lors, l’envie de la réduire en poussière nous taraude. Mais piler, n’est-ce pas piller les principes actifs que renferme un médicament? Peut-on se permettre d’éventrer une pilule ou de scinder en deux une capsule pour ne prendre que la poudre qu’elle renferme?
Autant de questions que l’on doit se poser avant d’agir, et qui concernent de nombreuses personnes, mais «tout particulièrement les patients âgés ayant des troubles de la déglutition et les enfants», constate la Dresse Caroline Fonzo-Christe, responsable du secteur Assistance pharmaceutique aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG).
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Peut-on se fier aux notices d’emballage des médicaments?
Elles donnent parfois des informations sur la possibilité de couper les comprimés, mais elles s’avèrent souvent lacunaires et pas franchement explicites, comme l’illustre la Dresse Caroline Fonzo-Christe: «Lorsqu’il est par exemple indiqué que le comprimé est une forme retard ou qu’il ne faut pas le croquer, il convient d’en déduire qu’il ne doit pas être écrasé.»
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Quels sont les médicaments qu’il faut impérativement avaler dans leur forme originelle?
Les comprimés, dont la substance a une marge thérapeutique étroite, par exemple les anticonvulsifs, les immunosuppresseurs ou la digoxine, utilisée dans de multiples affections du cœur. Les couper peut engendrer une perte ou une majoration de l’efficacité thérapeutique.
A ne pas écrabouiller également les médicaments, y compris les gélules, qui ont une libération modifiée. Entendez par là ceux qui sont notamment fabriqués de telle sorte que leur principe actif se libère au cours d’une période prolongée. Il existe différents types de comprimés retard, leur nom étant souvent suivi de la mention «retard» ou de plusieurs lettres alphabétiques, telles que CR, RR, ZOK, etc.
Quelle est la conséquence de ne pas les prendre entiers? Un surdosage, accompagné d'effets indésirables parfois sérieux et une absence d'effet. Les comprimés gastrorésistants, qui peuvent prendre la forme de pilules ou de gélules, sont enrobés d’une couche protectrice de polymères pour permettre aux principes actifs de franchir l’obstacle de l’acidité du suc gastrique sans être affectés et d’être libérés une fois dans l’intestin. Les partager revient à détruire cette protection, et conduit donc à une libération plus rapide du principe actif. Ainsi, soit l’acide gastrique annihile l’effet médicamenteux, soit cela provoque une irritation des muqueuses, avec comme possibles symptômes, des maux d’estomac.
Attention aussi aux substances irritantes, tels le fer, le chlorure de potassium et l’alendronate (contre l’ostéoporose et les maladies osseuses). Elles peuvent conduire à une inflammation des muqueuses de la bouche et du pharynx. Le film entourant le comprimé évite cette agression.
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Quelles peuvent être les éventuelles conséquences d’un surdosage?
«Si l’on écrase un comprimé à libération prolongée, un surdosage peut survenir, car la dose de médicaments est lâchée en une seule fois au lieu de l’être sur plusieurs heures, note la pharmacienne. La littérature médicale fait par exemple état de cas de décès, suite à l’écrasement de comprimés retard de nifédipine, indiquée contre l’angine de poitrine et l’hypertension artérielle.»
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Quels médicaments peut-on couper sans courir de risque?
Les comprimés non-retard qui comportent la mention «sécable». Ils se différencient par la rainure qui les traverse. «Mais couper ou écraser un comprimé doit rester une solution de dernier recours, insiste Caroline Fonzo-Christe. Dans un bon nombre de cas, il existe des alternatives à privilégier, notamment des équivalents à prendre sous forme liquide ou orodispersibles, qui fondent dans l’eau ou dans la bouche.»
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Doit-on utiliser un coupe-pilule?
Un tel instrument, aussi appelé partage-comprimé, facilite la division des médicaments, évitant du même coup de trop les manipuler et que le principe actif finisse ailleurs que dans la bouche. «Il ne garantit en revanche pas que la dose soit plus précise que lors d’un découpage manuel», précise la spécialiste.
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Une fois coupé, faut-il absorber immédiatement le médicament?
«Il faut éviter d’écraser un comprimé ou d’ouvrir une gélule le soir pour le lendemain, conseille la pharmacienne. Il est en effet préconisé de ne pas couper ou piler les comprimés à l’avance, certains médicaments pouvant être sensibles à l’humidité, à la lumière ou à l’air.»

Frédéric Rein

04.03.2014

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