

Aux origines de l’art médical
Plongée dans l’une des aventures les plus passionnantes de l’esprit humain grâce à 250 œuvres exposées à la Fondation Martin Bodmer, à Genève.
Savez-vous à quand remontent les premières amputations? Qui sont les précurseurs en chirurgie? Quelle est l’origine de la formule Abracadabra? C’est à ces questions, et à bien d’autres encore, que répond l’exposition La médecine ancienne, du corps aux étoiles, en nous invitant à suivre le parcours de l’art de guérir d’un point de vue à la fois historique, scientifique et artistique.
Commissaire scientifique de l’exposition, le pneumologue genevois Gérald d’Andiran est féru d’histoire de la médecine depuis des décennies. Ce qui le passionne depuis toujours, «c’est la créativité constante que l’on trouve tout au long de l’histoire de l’homme, ce réflexe très ancien de guérir qui voit apparaître à la même époque, dans l’Antiquité, des chirurgiens en Egypte, en Inde et en Amérique du Sud».
Abracadabra!
Lorsqu’il est sollicité, en 2007, pour préparer cette exposition, c’est «une aventure exceptionnelle» qui commence pour lui. Elle l’amène d’abord à explorer le fonds de la Bibliotheca Bodmeriana, l’une des bibliothèques privées les plus importantes au monde. «Je suis alors entré dans le saint des saints. Il y avait tellement de documents admirables... C’était à pleurer de bonheur!» Gérald d’Andiran sélectionne une centaine d’œuvres magistrales, la trame de l’exposition, parmi les papyrus, manuscrits médiévaux et incunables arabes de cette collection unique. Y figure notamment un manuscrit traitant de la diététique daté du IXe siècle, unique témoin d’une traduction latine du 2e Livre du traité d’Hippocrate Sur le Régime.
Pour compléter l’exposition, le médecin genevois sillonne l’Europe et frappe aux portes de toutes les institutions suisses et internationales susceptibles de contribuer au projet. Sa passion et son enthousiasme les lui ouvrent en grand et lui permettent même d’obtenir des privilèges inédits. La Bibliothèque nationale de Suède a ainsi laissé sortir, pour la première fois, un fabuleux parchemin de 5 m 42, consacré à l’art de John Arderne, proctologue, chirurgien et botaniste anglais mort en 1392, dont plusieurs illustrations montrent des interventions et l’anatomie.
Parmi les autres pièces rares exposées figurent le Papyrus Johnson, du IVe siècle, qui constitue le premier herbier peint connu, ou encore le manuscrit dans lequel le Dr d’Andiran a retrouvé l’origine du mot «Abracadabra», formule magique qui guérissait une fièvre apparaissant entre août et septembre.
«A une époque où les médecins subissent des pressions de toutes parts, je pensais qu’il était bien de reparler de la médecine en tant qu’art», souligne encore le commissaire scientifique avant de conclure: «La médecine ancienne n’appartient pas au passé, elle est la base de l’histoire médicale. Et la médecine de notre temps ne peut que s’enrichir de son histoire.»
Fondation Martin Bodmer
La médecine ancienne, du corps aux étoiles.
Du 30 octobre 2010 au 30 janvier 2011. Rte du Guignard 19-21, Cologny (Genève). Du mardi au dimanche,
de 14 h à 18 h. www.fondationbodmer.org
Patricia Bernheim
26.11.2010


