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Ces Romands qui ont croqué la Grande Pomme

Il n’y a pas d’âge pour courir le mythique marathon de New York. Sur les 46 000 athlètes présents à l’arrivée, il y avait près de 1000 Suisses, dont des vétérans romands. Générations Plus a suivi deux d’entre eux.

Question forme, pas de souci. Sommelière à Châtel-Saint-Denis dans un établissement spécialisé dans la fondue – «On sert 12 tonnes de fromage chaque année» –, Rose-Marie Chapuis court durant ses journées professionnelles. Question marathon, en revanche, cette sexagénaire n’y connaissait rien avant de s’envoler, début novembre, pour New York. «Je suis un peu folle», reconnaît en riant celle qui a débuté sa carrière de marathonienne par la plus belle et la plus connue de toutes les épreuves de longue distance.
Un peu folle aussi d’avoir accepté le challenge de son frère, plus jeune de vingt ans: «En fait, il m’avait mise au défi pour mes 60 ans, mais j’avais déjà quelque chose de prévu.» L’idée a toutefois continué à trotter dans la tête de Rose-Marie
(62 ans), si bien qu’elle s’est retrouvée sur la ligne de départ, le 6 novembre dernier. Sans stress, même si elle n’avait jamais mis un pied sur le continent américain jusqu’ici. «J’étais déjà allée en Italie ou en Espagne, mais pas aussi loin.»
Pas de quoi effrayer pour autant l’athlète de Châtel. «J’ai fait beaucoup de vélo et même des compétitions, mais je n’arrive pas à réellement courir: je marche très vite.» C’est donc d’un pas déterminé qu’elle a croqué les 42,195 km de la Grande Pomme pour arriver après 5 h 50’ d’effort. Pas vraiment un temps canon, mais qu’importe. «Je n’ai jamais souffert et j’ai pu apprécier les endroits magnifiques, où nous sommes passés. Sans parler de cette ambiance extraordinaire: il y a des milliers de gens tout au long du parcours qui ne cessaient de nous encourager. J’avais mis pour l’occasion un T-shirt et une casquette avec la croix suisse.» Rose-Marie s’est donc régalée.
Même si elle ne parle pas anglais, elle a pu communiquer ses impressions tout au long de l’épreuve avec les autres francophones et les Suisses alémaniques. Pour tenir le coup, elle s’était évidemment préparée depuis le jour où elle a décidé de s’inscrire. Mais, là encore, avec modération: deux à trois entraînements par semaine pour un total de 35 à 40 km. Rien d’exagéré. «Cela dit, j’ai toujours eu une bonne hygiène de vie», relève la sommelière, épatante à plus d’un titre puisqu’elle n’a éprouvé aucune souffrance après l’épreuve et a pu visiter la ville qui ne dort jamais, durant le reste de son séjour new-yorkais. «C’est une cité magnifique, mais quel bruit entre les voitures, les klaxons et toute cette agitation!» Son avenir sportif? Rien n’est décidé, mais allez savoir avec pareil concentré de bonne humeur!

«J’y retourne»

Propriétaire d’un magasin de confection veveysan, Patrick Brunschwig sait par contre de quoi son futur sera fait. Tout dépendra des organisateurs qui ont une politique de quota, mais en 2012 ou en 2013 au plus tard, cet alerte sexagénaire (65 ans) retournera pour la troisième fois à New York afin de prendre sa revanche sur le sort. Après avoir réalisé un chrono de 4 h 02’ en 2009, il s’était promis de descendre cette année sous la barre des quatre heures. Raté. Et pas d’un peu, puisqu’il a passé la ligne d’arrivée après 4 h 30’! «Les 30 premiers kilomètres ont été tip top, ensuite j’ai commencé à avoir des douleurs dans les jambes de plus en plus fortes. Les deux derniers kilomètres dans Central Park ont été carrément affreux, je faisais du surplace.»
Alors oui, déçu, extrêmement déçu. Patrick Brunschwig avait pourtant suivi un entraînement sérieux. Plusieurs entraînements par semaine, avec des sorties plus longues (16 à 20 km) le week-end, plus d’alcool dans les deux mois précédant la course, une alimentation saine complétée de gels énergétiques durant l’épreuve, mais rien n’y a fait. La défaillance, la vraie qui vous fait passer de 10-12 km/h à 6 km/h sans qu’il y ait une véritable explication à se mettre sous la dent.
Comble de la scoumoune, les courbatures l’ont accompagné le reste de son séjour. «J’ai quand même visité la ville. A plat, ça va. Mais dès que ça monte ou descend... Pour ma part, je descendais les escaliers à reculons, c’est comme ça que ça va le mieux et qu’on reconnaît les autres marathoniens.» On vous le demande: notre homme a-t-il fait du shopping? Oui, surtout dans les magasins de sport.
Patrick Brunschwig gardera quand même plein de bons souvenirs, lui aussi conquis par cette ambiance fabuleuse, particulière à cette épreuve. «Une foule pareille, c’est tout simplement incroyable. Et c’est vrai, ça aide. Le moment le plus extraordinaire? C’est vers le 25e kilomètre sur le pont de Brooklyn, quand on arrive sur Manhattan: la vue est à couper le souffle.»
Le Veveysan a donc déjà pris un nouveau rendez-vous avec Big Apple. D’ici là, il continuera à courir et à faire du fitness, tout en ayant déjà agendé ses premières épreuves pour 2012, dont les 20 Kilomètres de Lausanne. Quand on est mordu...

Jean-Marc Rapaz

31.01.2012

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