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Raide dingue de ses motos

Avec sa compagne Marie-Noëlle, il partage l’amour fou des belles bécanes. Ensemble, ils les bichonnent, les ripolinent, avant de s’en aller sur les routes... tranquillement, comme tant d’autres de leur génération.

La scène – véridique – se passe chez un concessionnaire de la région lémanique. Fièrement, un monsieur explique à un autre client qu’il vient, pour son départ à la retraite, de s’offrir sa première moto: une rutilante Harley-Davidson, dont il rêvait sûrement depuis des années. Il faut s’y faire: la passion des deux-roues n’est plus l’apanage de jeunes têtes brûlées à la recherche de sensations fortes, pas plus qu’elle n’est réservée exclusivement aux mauvais garçons. La route appartient désormais à tout le monde, les femmes en tête, toujours plus nombreuses selon les statistiques à enfourcher leur monstre d’acier pour des balades tranquilles, en toute liberté. Marre du siège passager: 13% des 407 000 motos immatriculées en Suisse et 27% des 270 000 scooters sont désormais en mains féminines, alors qu’elles n’étaient encore qu’une poignée, dix ans plus tôt, à porter le cuir, le casque et les gants.
Une évolution qui ne doit étonner qu’à moitié Rodolphe Vallélian, dit Rody, à Bulle. Lui, la moto, il est tombé dedans comme Obélix dans la potion magique: à peine savait-il tenir sur ses deux jambes ou presque. Et à 57 ans, il ne compte plus le nombre de selles sur lesquelles il s’est tanné le cuir. A commencer, bien sûr, par les boguets qu’on démontait et redémontait pour leur donner une identité et des performances accrues. S’en sont suivies, logiquement, les premières motos dès l’âge de
18 ans atteint.

Made in USA

Mais malgré ses tatouages et son look de motard un peu rebelle à l’américaine, cet employé communal n’a aucun problème à partager sa passion des belles mécaniques avec ces dames. D’autant moins que sa compagne, Marie-Noëlle Pasquier, partage sa passion depuis bien des kilomètres. Membre de la direction d’Espace Gruyère, elle n’a en revanche rien de la bad girl. La preuve qu’on peut être motarde et rester très féminine. Le coup de foudre pour la moto, elle l’a eu à l’âge de 14 ans, en voyant passer un gros cube. Quatre ans plus tard, elle enfourchait sa première japonaise, une petite cylindrée. Aujourd’hui, elle est passée dans une autre catégorie, avec sa belle Harley 1200 qui trône fièrement devant la ferme, dont l’écurie aujourd’hui sert d’abri aux chevaux mécaniques de son compagnon. Une quinzaine de véhicules au total, pour la plupart estampillés du pays à la bannière étoilée, hormis trois vieilles Jawa (d’origine tchèque), dont un side-car. Tous sont en état de marche et individualisés par le maître des lieux.
Honnête, Marie-Noëlle reconnaît que dans ce domaine, elle ne tient pas forcément à rivaliser avec son compagnon. Mais elle se rattrape en réalisant de superbes dessins pour les amis motards sur des vestes: beaucoup d’Amérindiens, de loups et autres motifs qui rappellent l’Ouest sauvage.
Cet été, ces deux amoureux de Harley vont d’ailleurs réaliser leur rêve en franchissant l’Atlantique pour aller rouler pour la première fois, là-bas entre Los Angeles, le Grand Canyon et Las Vegas. Le retour aux sources, le vrai avec sans aucun doute quelques miles sur la mythique Route 66.
Le dernier voyage? Pour Rody, la réponse est simple: il ira jusqu’au bout de la route. «Même une fois mort, j’espère que je ferai encore de la moto»!

Jean-Marc Rapaz

04.06.2013

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