acteur de son temps

ACCES MEMBRES

Contact
texte print

Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

A Leysin (VD), Gilbert Bolléa a attendu la retraite pour construire le rêve de sa vie: un observatoire astronomique. Depuis, l'endroit est devenu un site intergénérationnel de rencontre pour les amoureux des étoiles.

Enorme œuf à la coque couleur rouille foncé ou vaisseau spatial à la Jules Verne échoué sur Terre? L'étrange bâtisse plantée dans le jardin de la maison de Gilbert et Graziella Bolléa, sur la colline du Corbelet, à Leysin (VD), a de quoi surprendre. Loin de tout cela, il s'agit simplement du rêve d'un homme: un observatoire astronomique conçu et créé par le maître des lieux lorsqu'il a atteint l'âge de la retraite, en 1996. «L'astronomie me passionne depuis toujours. Je prévoyais de construire mon observatoire une fois arrivé à la retraite et d'y passer ensuite tout mon temps à observer les planètes, les étoiles, les galaxies... Tout a commencé lorsque, enfant, j'ai lu le Larousse des étoiles, offert par Maman, puis un petit bouquin d'astronomie Payot. Le ciel me fascine. Ce qui m'a le plus impressionné? Le premier satellite envoyé par les Russes en 1957. C'est une expérience qui m'a marqué...» A l'Ecole des métiers, le jeune homme construit son premier télescope avec l'un de ses amis. Puis la vie le happe: il se marie, devient père de famille, chef d'entreprise, commandant des pompiers, municipal puis, avec sa femme et quelques passionnés, remet en activité le Club Photo-Vidéo de Leysin. Mais au fond de lui, il nourrit son rêve qu'il tient secret jusqu'au moment de la retraite.

Plus de 2300 heures de travail!

Le 1er mai 1996 commence enfin la délicate construction de son observatoire, dans le jardin de sa maison du Corbelet, loin des lumières parasites. Il faudra plus de 2300 heures de travail et des trésors d'ingéniosité pour dessiner et réaliser la bâtisse. Et autant de temps pour édifier l'annexe. La phase la plus difficile? «Le toit en forme de dôme dont une partie s'ouvre sur le ciel par une trappe. Cette coupole tourne automatiquement pour suivre le mouvement du télescope.» Tout est pensé, étudié, réfléchi, depuis la moindre fixation aux panneaux solaires fournisseurs d'énergie, en passant par les cintres et l'isolation. Gilbert œuvre seul, n'acceptant d'aide que de Mélanie, l'aînée de ses petits-enfants, qui avait 9 ans à l'époque et qui se voit confier de menus travaux de peinture.

Disciple providentiel

L'habitacle terminé, un premier télescope manuel arrive des Etats-Unis. «Je l'ai remplacé en 2003 par un télescope entièrement informatisé, précise le maître des lieux. En même temps, j'ai acheté une caméra qui, branchée sur l'appareil, permet de prendre des photos numériques. Avec Jérôme, nous voulions nous lancer dans la photo!»
Jérôme, c'est Jérôme Berti, un adolescent habitant à quelques kilomètres de là, fou d'informatique et d'astronomie. Il a 15 ans lorsqu'il prend contact avec celui qui deviendra son ami. L'observatoire de Gilbert Bolléa n'a jamais été un rêve égoïste. Dès le départ, son concepteur a désiré l'ouvrir à tous ceux qui auraient envie de découvrir la Voie lactée. Peu à peu, Jérôme et son mentor reçoivent ensemble les visiteurs. Comme en juin 2004 où, lors du transit de Vénus, plus de 140 personnes partagent l'expérience dans le jardin du Corbelet. Aujourd'hui, à 82 ans, le génial Leysenoud souffre de problèmes de dos. Il ne peut plus se rendre autant qu'il le voudrait sous la coupole, un crève-cœur qu'il assume avec philosophie. C'est donc son jeune ami, qui prend le relais en ouvrant l'observatoire sur rendez-vous. Son manque de mobilité n'empêche pas Gibert Bolléa de rester actif. Entouré de son épouse avec laquelle il fêtera en 2015 leurs 60 ans de mariage, il réalise des documentaires sur les beautés de ce ciel qu'il connaît si bien. Et rêve de se trouver un successeur pour accueillir les visiteurs lorsque Jérôme n'est pas disponible. Grâce à lui, un véritable réseau intergénérationnel gravite autour du site qu'il a doté d'un ascenseur, afin que les enfants soient à bonne hauteur pour profiter de l'œil du télescope. Et pour qu'ils continuent à s'émerveiller devant les planètes, la nébuleuse d'Orion ou les dentelles du Cygne...
Chaleureux et serein, il rêve toujours de rencontrer l'astronaute Claude Nicollier, et rit en regardant les remarques et les dessins qui jalonnent le livre d'or de son observatoire. Avouant en aparté qu'il n'imaginait pas qu'il toucherait autant de monde. Même s'il reste pudique sur le sujet, Gilbert Bolléa peut être fier: il a glissé des étoiles dans les yeux de centaines de personnes. Et notamment dans ceux des enfants de Tchernobyl, venus déjà trois fois lui rendre visite...

Pour prendre contact
avec Gilbert Bolléa: 024 494 12 58,
bollea.gilbert@bluewin.

Martine Bernier

04.03.2014

© Société coopérative Générations Rue des Fontenailles 16 – 1007 Lausanne – Tél. 021 321 14 21 – Fax 021 321 14 20 Contact